Regards croisés : pour une autre Afrique : Mehdi Ben Barka / Patrice Lumumba
(Publié le
25/05/2008)
Mehdi Ben Barka enlevé le 29 octobre 1965 et assassiné.
Mehdi Ben Barka est enlevé le 29 octobre 1965 devant le 151 boulevard Saint-Germain à Paris par des policiers français et conduit dans une villa de Fontenay-le-Vicomte dans l'Essonne. Il n'est plus réapparu. Après sa mort débutait l'« affaire Ben Barka ».On sait aujourd’hui qu’il a été torturé et assassiné par le chef de la police secrète marocaine, Mohammed Oufkir. Son corps ne sera jamais retrouvé, Boucheseiche avouant des années plus tard l’avoir dissous dans une baignoire pleine d’acide.
Militant marxiste convaincu, il fut l’un des plus jeunes dirigeants de l'Istiqlal, parti qui mena le Maroc à l'indépendance et au sein duquel il représentait la faction de gauche opposée au leadership traditionnel. Président de l'Assemblée consultative du Maroc entre 1956 et 1959, il compose avec Mohammed V, avant de s’opposer au régime de Hassan II. Accusé de complots et d’actes de subversion, il est exclu du parti et fonde, en 1959, l'Union nationale des forces populaires. Victime d'attentats répétés dès 1960, condamné à mort par contumace, en 1963, par les autorités marocaines pour avoir pris position en faveur de l’Algérie, Mehdi Ben Barka choisit l'exil, de janvier 1960 à mai 1962, puis, à nouveau, en juin 1963, jusqu'à sa disparition.
Il participa notamment, en 1964, à la création de la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED), du 6 au 19 mai 1965, au 4e congrès de l'Organisation de la solidarité des peuples afro-asiatiques (OSPAA).
C’est pour mettre en convergence les mouvements de libération du tiers-monde que Mehdi Ben Barka , au moment de son assassinat, en octobre 1965, préparait la conférence tricontinentale, qui devait se tenir à La Havane du 3 au 13 janvier 1966. L’Organisation de solidarité des peuples d’Afrique et d’Asie (OSPAA) s’était réunie pour la première fois à Accra, au Ghana, dès 1957. Près de cinq cents délégués venus de trente-cinq pays représentaient les mouvements de libération et les partis plus que les Etats – une sorte de mouvement international. Ismaël Touré, frère du président de la Guinée (Conakry) Ahmed Sékou Touré, présidait le conseil gérant le fonds de solidarité, assisté de trois vice-présidents, dont Ben Barka. La question posée dans les réunions de l’OSPAA était de savoir si le mouvement afro-asiatique devait s’élargir à Cuba, aux Caraïbes et à l’Amérique latine. Elle fut de nouveau posée au Caire, en mars 1961, par la nouvelle commission, intitulée commission sur le néocolonialisme, présidée par Ben Barka.
Patrice Lumumba est assassiné le 17 janvier 1961 au Katanga avec l’aide de la Belgique et de la CIA. Une nuit de janvier 1961, deux officiers belges se livrent à ce qu’il est convenu d’appeler une "sale besogne". Ils achèvent de découper un corps en morceaux qu’ils jettent dans un fût d’acide afin de le dissoudre. Le crâne n’étant pas dissous sera réduit en poudre et dispersé. Un des officiers, le belge Gerard Soete, déclarera avoir conservé un doigt et une dent en or provenant de la victime. Le corps est celui de Patrice Emery Lumumba, premier ministre élu depuis 6 mois du Congo nouvellement "indépendant". Sa mort signe la descente aux enfers d’un pays, le Zaire, dont l’étendue et les richesses minières et minérales en font un "scandale géologique".
« …Nous avons choisi pour notre lutte une seule arme : la non violence. La seule arme qui permette une victoire dans la dignité et dans l’honneur. Notre mot d’ordre durant la campagne de libération a toujours été l’indépendance immédiate et totale du Congo. Nous ne nous sommes jamais livrés à des manifestations de haine ou d’hostilité à l’égard des anciens combattants. Nous combattions le régime et non les personnes. En outre, nous savons très bien que l’on ne construit rien de durable dans la haine et la rancune… » - Patrice LUMUMBA
La dernière lettre de Patrice Lumumba à sa femme Pauline
« Que mort, vivant, libre ou en prison sur ordre des colonialistes, ce n’est pas ma personne qui compte. C’est le Congo, c’est notre pauvre peuple dont on a transformé l’indépendance en une cage d’où l’on nous regarde du dehors, tantôt avec cette compassion bénévole, tantôt avec joie et plaisir. Mais ma foi restera inébranlable. Je sais et je sens au fond de moi même que tôt ou tard mon peuple se débarrassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se lèvera comme un seul homme pour dire non au capitalisme dégradant et honteux, et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur.
Nous ne sommes pas seuls. L’Afrique, l’Asie et les peuples libres et libérés de tous les coins du monde se trouveront toujours aux côtés de millions de congolais qui n’abandonneront la lutte que le jour où il n’y aura plus de colonisateurs et leurs mercenaires dans notre pays. A mes enfants … je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau et qu’il attend d’eux, comme il attend de chaque Congolais, d’accomplir la tâche sacrée de la reconstruction de notre indépendance et de notre souveraineté, car sans dignité il n’y a pas de liberté, sans justice il n’y a pas de dignité, et sans indépendance il n’y a pas d’hommes libres » - Patrice Lumumba
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