Regards croisés : pour une autre Afrique : Dulcie September / Biko / Ngouabi
(Publié le
25/05/2008)
Dulcie September, représentante de l’ANC tuée à Paris le 29 mars 1988.
Dulcie September, âgée de 42 ans, vivait en exil depuis une dizaine d’années. Métisse sud africaine née en août 1935, Dulcie September avait rejoint des mouvements de lutte anti-apartheid dans les années 60. Condamnée à plusieurs années de prison par le gouvernement de Pretoria, elle quitta par la suite l’Afrique du Sud pour Londres, puis pour la Zambie avant de rejoindre la France pour y représenter l’ANC. L'assassinat a été commis par un mercenaire, ancien de la Légion étrangère venu des Comores, ce serait Jean-Paul Guerrier, adjoint de Bob Denard. Il aurait été commandité par un service sud-africain en lien avec la DGSE. La France aurait eu intérêt à la disparition de Dulcie September, probablement pour éviter des révélations sur le contournement du boycott du régime de l'apartheid décidé par l'ONU. La justice française a refermé le dossier sur l'assassinat de Dulcie September en juillet 2002, "faute d'éléments nouveaux".
Steve Biko, la conscience noire
Le 12 septembre 1977, à 31 ans, Steve Biko mourait, seul, dans une cellule de la prison centrale de Pretoria, d’une lésion cérébrale. Arrêté le 21 août, Biko fut roué de coups, enchaîné totalement dévêtu et transporté dans un état comateux dans l’arrière d’une jeep, toujours nu, à même le plancher. La photo de son cadavre gisant à même le sol, nu, couvert de plaies et d’ecchymoses fit le tour du monde. Le leader charismatique du mouvement de la Conscience noire devint alors le symbole de la résistance contre l’apartheid, un des grands martyrs d’Afrique du Sud. "Le mouvement de la conscience noire se réfère à l'homme noir et à sa situation, et je pense que l'homme noir est sujet à deux forces dans ce pays. Il est tout d'abord oppressé par une force externe qui s'exerce par l'intermédiaire d'une machinerie institutionnelle, au travers de lois qui l'empêchent de faire certaines choses, au travers de conditions de travail difficiles, à travers une éducation scolaire très faible, toutes choses qui lui sont extérieures. Il est ensuite oppressé (et c'est ce que nous considérons comme le plus important) par une certaine forme d'aliénation qu'il a développée en lui, il se rejette précisément parce qu'il rattache au mot "blanc" à tout ce qui est bon". « Biko a été le premier clou dans le cercueil de l’apartheid. » Mandela
Marien Ngouabi, assassiné le 18 mars 1977 Ngouabi, président du Congo (Congo-Brazzaville), personnage complexe et cultivé, que son extrême simplicité et son accessibilité rendent comparable à Agostinho Neto (Angola) ou Thomas Sankara (Burkina Faso), termine comme eux tragiquement sa carrière politique. Après les tentatives avortées de coup d'État de Kinganga (1970) et Ange Diawara (1972-1973), pris entre intérêts pétroliers naissants, rivalités discrètes entre Occident et URSS, et conflits latents entre micro-nationalismes congolais Nord-Sud, il est assassiné le 18 mars 1977 dans sa résidence de l'état-major à Brazzaville.
C’était un homme modeste… Une silhouette qu’on apercevait parfois au petit matin en train de courir, seul, dans les rues de sa capitale…Un étudiant en sciences d’une trentaine d’années qui se glissait sans bruit sur les bancs de l’université au milieu de ses pairs. Un militaire, toujours vêtu d’un simple treillis sur lequel il n’arborait aucune décoration. Un chef d’Etat, enfin, qui se gardait bien de céder au goût du faste et de la mégalomanie si répandu parmi les dirigeants, en particulier ceux du tiers-monde. Bref, un homme politique atypique… Mais, alors qu’il était estimé par un grand nombre de ses compatriotes, il a été assassiné. C’était il y a tout juste un quart de siècle, dans un petit pays d’Afrique qui, malgré les apparences et un régime politique autoritaire, avait gardé des liens profonds avec la France. Marien Ngouabi, Président de la République populaire du Congo avait 39 ans. Et on ne sait toujours pas exactement qui l’a tué ni surtout qui a commandité son assassinat... Ngouabi est devenu un mythe au Congo, le Congo-Brazzaville comme on l’appelait pour le différencier de son grand voisin, l’ex-Congo belge. Un mythe parce qu’il est mort jeune et qu’on s’accorde généralement pour considérer que c’était un dirigeant honnête, tout entier dévoué à son pays, même si sa pratique politique prêtait parfois à sourire. Mais les pays sont ainsi faits qu’ils ont besoin de héros. Surtout lorsqu’ils les ont dévorés ! » - Patrick Pesnot
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