Regards croisés : pour une autre Afrique : l'UPC et Félix Moumié
(Publié le
25/05/2008)
Ruben Um Nyobè, assassiné le 13 septembre 1958 Instituteur, syndicaliste, tribun, homme politique, Ruben Um Nyobè fut le porte-parole des masses camerounaises et porta les revendications d'indépendance jusqu'à l'ONU. Dans son enfance, il a été témoin de crimes coloniaux qui l’ont marqué tels que la mobilisation, la réquisition des populations et les travaux forcés. Il écrit : "la colonisation, c’est l’esclavage ; c’est l’asservissement des peuples par un groupe d’individus dont le rôle consiste à exploiter les richesses et les hommes des peuples asservis". Il vient à la politique via le syndicalisme, il est élu premier secrétaire de la CGT camerounaise cet homme venu du village n’est pas allé dans les universités occidentales. Mais il est sorti des meilleurs lieux de formation que lui offrait, à l’époque, son pays - Achille Mbembe
Félix Moumié, chef de l'UPC, assassiné le 15 octobre 1960 Félix Moumié succède à Ruben Um Nyobé à la tête de l'UPC (Union des Populations Camerounaises) qui lutte contre le régime néocolonial d'Ahmadou Ahidjo mis en place par Jacques Foccart. Il est empoisonné au thallium (mort aux rats) par un agent français du SDECE. Paris craignait qu'en cas de défaite contre l'UPC, le mouvement d'indépendance de Moumié, la France ne perde non seulement le Cameroun, mais également ses autres colonies en Afrique de l'Ouest et en Afrique centrale. Pour Paris, il n'y avait qu'une solution: Félix Moumié devait disparaître. A n'importe quel prix. D'après Pierre Péan, Jacques Foccart aurait dit à propos de ce meurtre en 1995: « Je ne crois pas que cela ait été une erreur ».
Ossendé Afana, dirigeant de l'UPC exécuté le10 mars 1966. Ossendé était le premier économiste camerounais et même d’Afrique noire et il venait d'ouvrir un front de guérilla dans l'extrême Sud du Cameroun. Mal préparé et sans doute trahi, Ossendé Afana est repéré, pourchassé et abattu avec ses compagnons de lutte. On retrouve son corps horriblement mutilé: la tête a été sectionnée au ras du tronc. Mongo Beti dit qu' « il fut bel et bien exécuté plusieurs jours après sa capture. » Je garde de lui le souvenir d’un nationaliste véritablement engagé, radicalement différent de ceux qui, aujourd’hui, ne s’engagent dans le combat que pour défendre leurs intérêts ou ceux de leurs tribus.
15 janvier 1971: Exécution publique de Ernest Ouandié, leader de l'UPC. Au Cameroun, les combats et les massacres de villageois par les troupes franco-camerounaises, dans le cadre de la répression de l'UPC, mouvement politique qui s'oppose au régime néo-colonial, durent jusqu'en 1963. Ernest Ouandié conserve un noyau de maquisards jusqu'en août 1970. Ernest Ouandié, accusé de tentative de révolution, d’organisation de bandes armées, d’assassinats etc., il refuse qu’on lui bande les yeux. Ce qui suscita une dispute entre les autorités et lui. Sa dernière volonté fut acceptée par la soldatesque et le stoïque s’écroula à son tour, non sans avoir nargué une dernière fois ses bourreaux. " D’autres poursuivront le combat ", cria Ernest Ouandié en regardant la mort bien en face.
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